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vendredi 20 novembre 2015

Marche pour le climat !




Différentes Marches sont organisées partout en France... (voir Agenda)

Si l'avenir de la Terre vous importe... c'est maintenant qu'il faut le dire !


Et pour ceux qui ont envie d'explications...

http://pluzz.francetv.fr/videos/data_gueule_deux_degres_avant_la_fin_du_monde.html






vendredi 6 novembre 2015

Les Migrants




Tour argentée miroitante,
Vin pétillant qui nous tente.
Œil vide de l'humain léthargique,
Trop loin de l'autre, qui gravite.
Trop haut, trop fort, sans légèreté ;
Mon pouvoir s'endort sur les déshérités.

Achat d’âmes, archet d'esprit
Pouvoir sans grâce et sans envie
Que d'écrans repoussés pour vraiment regarder.

Excuses collectives sur nausées intimes
Chat dans la gorge, prisonnier des canines.
Protégés d'asphalte et de béton,
Que de murs, que de murs nous dressons.
Boule au ventre et rage au cœur
Mais percute, percute ma torpeur !

Achat d’âmes, archet d'esprit
Pouvoir sans grâce et sans envie
Que d'écran repousser pour te regarder.

Dehors les arrogants !
Dehors les méprisants !
La grâce est exigence,
La beauté en suffisance.
Affamés, ils rampent vers la nourrice
Mais tous ces barbelés derrière nos vices !

Et pourtant ils ont faim
Et pourtant ils ont faim





Clarisse Prod'homme

jeudi 10 septembre 2015

Tous à la manif !



     Il y avait comme un air de Kafka cette semaine à voir défiler à Paris les tracteurs de la FNSEA et en Hongrie ces milliers de migrants en marche.

Quand fera t-on le lien entre les deux ?

La FNSEA n'y est clairement pas prête mais comment ne pas sourire en entendant ces agri-managers se plaindre du surendettement, mais posant fièrement devant leurs tracteurs à 150 000 € !

Le problème n'est il pas là ? D'avoir troqué l'agriculture (l'art de cultiver la terre) contre l'art de la mécanique (Ah qu'il est beau mon tracteur !).


Pour mieux comprendre les revendications des manifestants, Guillaume Meurice de France Inter est allé à leur rencontre :

http://www.franceinter.fr/video-guillaume-meurice-est-alle-a-la-rencontre-des-agriculteurs






jeudi 23 juillet 2015

Le Capitalisme responsable du Changement Climatique



  
     Naomi Klein, journaliste canadienne, parle sans détour des méfaits du capitalisme sur le changement climatique et appelle à la convergence des mouvements citoyens.


http://www.reporterre.net/Le-capitalisme-detruit-le-climat





dimanche 31 mai 2015

L'Austérité vue par Emmanuel Todd




 


Dans son livre "Après l'Empire" (Gallimard, 2002), Todd explique que les vieilles démocraties européennes et américaines sont en passe de devenir des oligarchies, un très petit nombre de "décideurs" concentrant l'essentiel du pouvoir économique, médiatique et politique entre leurs mains.



Historien, sociologue, démographe, anthropologue, 
il tente d'expliquer l'intérêt du réalisme historique :










lundi 25 mai 2015

ALTERNATIBA

Une vague positive pour accélérer la transition



Alternatiba est une dynamique citoyenne positive qui a vocation à mettre en lumière et démocratiser des alternatives locales concrètes répondant aux crises climatique et socio-économiques. L’ambition du mouvement Alternatiba, est de relier tous les acteurs de la transition pour nourrir une mobilisation populaire et citoyenne à l’échelle européenne. Cette mobilisation s’inscrit dans la perspective du sommet décisif pour les négociations internationales sur le climat qui se tiendra début décembre 2015 à Paris : la « COP21 ».

Profitant de la saison estivale, Alternatiba Rennes propose pour cette année 2015 un rassemblement festif populaire gratuit en plein coeur de Rennes : le village des alternatives. L’objectif est de présenter de façon vivante et ludique des solutions concrètes, locales et citoyennes face au réchauffement climatique. L’idée est de sensibiliser le Grand Public aux projets locaux tant au niveau écologique que économique et social. Vous l’aurez compris, beaucoup de domaines seront abordés sous de multiples formes : ateliers, ciné-débats, conférences gesticulées, stand de troc, … et bien d’autres encore ! Le tout accompagné de stands buvette et de restauration locale, bio et équitable.

Les portes du village s’ouvriront le 27 juin 2015

sur l’Esplanade Charles de Gaulle.

 De 10h à 22h, 

les associations citoyennes répondront présentes pour vous faire 

partager leurs expériences et vous feront découvrir leurs projets. 

Des concerts sont aussi prévu pour rendre cette journée 

encore plus festive. 

 

 Notre site Web :

 https://alternatiba.eu/rennes/

Un événement gratuit



L’ensemble du l’accès et la participation au village se veut gratuit pour tous. Des ventes pourraient cependant avoir lieu mais de manière limitée et en lien avec la thématique du climat. Plusieurs points d'alimentation répondront aux besoins du grand public. Le GALLECO sera la monnaie locale complémentaire d'Alternatiba Rennes.

Les participants



De multiples associations et structures sont attendues pour participer et animer ce village Alternatiba. Celles-ci interviendront sur les thématiques suivantes : - Consommation responsable, les circuits courts, - Santé et bien-être, - Agriculture durable Paysanne et Biologique, la protection de la biodiversité, - Habitat (écoconstruction, énergie, transport, déchets), - Biens communs (environnement, biodiversité, climat, éducation populaire, eau, air, sol, le recyclage …), - L’économie sociale et solidaire : Finances responsables (relocalisation de l’économie, économie soutenable, solidarité et partage), - Alternatives communales : dynamiques locales ou de quartier, - Les énergies douces, - Les transports passifs… Voici le lien des associations présentes (non exhaustive) : https://alternatiba.eu/rennes/ils-participent/ 
 

Origine du projet



A l’origine, Alternatiba est un collectif né à Bayonne en 2013 (http://alternatiba.eu/). Pour faire face à l’urgence climatique, les bénévoles ont présenté divers solutions afin de diminuer les gaz à effet de serre en passant par l’agriculture paysanne, l’aménagement maîtrisé du territoire, la relocalisation de l’économie, … Le projet a voyagé jusqu’en Bretagne en février 2014 et Rennes lance ainsi cette année son premier Village des transitions ! “Changeons le système, pas le climat !”

A quoi servira l'argent collecté ?



Pour que les frais de communication et de matériel soient couverts Pour que les alternatives locales, les artistes, les conférenciers puisent être accueillis dans les meilleures conditions possibles. Pour permettre au village d’être le plus festif possible Pour rendre possible ce village, Alternatiba Rennes cherche à se financer directement de citoyens à citoyens.


Minimum
Optimal
Communication
Impression d’affiches, badges, flyers, ...
500
1500
Défraiement des conférenciers (10 conférenciers)
Repas offert aux conférenciers si possible
1000
2000
Sonorisation de la scène de l’Esplanade, Ingénieur Son
1800
1800
Groupes de musique
1500
3000
Location de matériels (stands, grilles, barrières, …)
500
1500
Sécurité du village (gardiennage, croix rouges)
3000
3000
TOTAL
8300
12800

Notre équipe



Nous sommes un collectif de bénévoles à la gouvernance partagée, c’est-à-dire qu’il n’existe pas de président, chef, ou autre titre hiérarchique. Ainsi, tous les bénévoles s’expriment de façon égale lors des restitutions de groupe. Le collectif est constitué de plusieurs commissions (groupe de travail): - Coordination - Communication - Animations - Thématiques (Finances responsables, Habitat, Sangria, Biens Communs)

Rejoignez l’aventure Alternatiba !

Nous cherchons des bénévoles pour le jour J, si vous souhaitez nous aider c’est par ici : https://alternatiba.eu/rennes/je-participe/






mercredi 25 février 2015

Souveraineté alimentaire



La Via Campesina et ses alliés organisent 

le Forum international sur

 l´Agroécologie orientée vers la Souveraineté alimentaire

 

COMMUNIQUÉ DE PRESSE - La Via Campesina



Bamako, le 19 Février 2015

     Plus de 200 délégués, parmi eux, des paysannes et des paysans, des agriculteurs familiaux, des artisans pêcheurs, des pastoralistes, des peuples autochtones, des travailleurs agricoles, des consommateurs, des organisations de citoyens pauvres, des ONG, des universitaires et d´autres mouvements sociaux, se réuniront dans le Centre Nyéléni, au Mali, entre le 24 et le 27 février, pour participer au premier Forum international sur l´agroécologie. Ce forum a lieu à un moment où le monde fait face à une crise économique, où le climat est en train de changer et la Terre Mère est agressivement exploitée par un modèle d’entreprise mortifère et l´accaparement illicite des terres.
Pour La Via Campesina, l´agroécologie est capitale pour l´humanité, puisqu´elle permet plus d’autonomie et offre une vie meilleure pour les petits producteurs d’aliments. Elle produit des aliments sains, offre une base solide pour la souveraineté alimentaire et garantit à la population rurale de vivre en harmonie et de soigner notre  Terre Mère.

     L´agroécologie, par les paysans et les petits producteurs d’aliments, est considérée comme un modèle de vie, grâce à des fermes avec des paysans, des producteurs d’aliments avec leurs ressources productives, des communautés rurales avec des familles, des champs avec arbres et forêts.
Selon Ibrahim Coulibaly, leader de la Coordination nationale des Organisations paysannes (CNOP) au Mali, “ce forum fournira des réponses pratiques menant à des solutions expliquant comment l´agroécologie peut sauver la planète de la faim et du changement climatique”.
Les coorganisateurs du forum  sont conjointement avec La Via Campesina, les organisations suivantes : More and Better/Plus et Meilleur (MaB), Movimiento Agroecológico de América Latina y el Caribe/Mouvement Agro écologique de l´Amérique Latine et du Caraïbe (MAELA), Réseau des organisations paysannes et des Producteurs de l´Afrique de l´Ouest (ROPPA), World Forum of Fish Harvesters and Fishworkers/Forum Mondial des Pêcheurs et des Travailleurs de la pêche (WFF), World Forum of Fisher Peoples/Forum Mondial des Artisans Pêcheurs (WFFP) et World Alliance of Mobile Indigenous Peoples/Alliance mondiale des Peuples autochtones nomades (WAMIP).

     Le forum du Mali a pour objectif l´échange de connaissances locales et du savoir-faire des paysannes et des paysans, de partager les innovations des  paysans et des petits producteurs d’aliments, d’échanger du matériel didactique et des processus développés dans les territoires, afin de relever les défis visant la construction d´un système alimentaire écologique et socialement équitable, tout en créant des liens et des synergies entre les différentes organisations de petits producteurs alimentaires, les mouvements sociaux et autres organisations promouvant l´agroécologie.






dimanche 11 janvier 2015

RAPPORT DE L'ONU SUR L'ALIMENTATION


Olivier De Schutter :

 « Notre modèle agricole mondial est à bout de souffle »

 

Le Monde | Propos recueillis par Gilles van Kote

Une crise des prix alimentaires, les débats sur les agrocarburants ou sur les « accaparements de terres », un duel à fleurets mouchetés avec Pascal Lamy, directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) jusqu'en 2013 : les six années qu'a passées le juriste belge Olivier De Schutter au poste de rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation ont été bien remplies. Alors que son mandat arrive à échéance et que la Turque Hilal Elver lui succède, il affirme que le modèle agro-industriel est dépassé et que la solution aux défis alimentaires actuels ne viendra pas des Etats mais des citoyens.

 

Quels progrès ont été effectués sous votre mandat en matière de droit à l'alimentation ?

     Olivier De Schutter L'accueil qu'a reçu mon rapport final, que j'ai présenté en mars au Conseil des droits de l'homme des Nations unies, montre un consensus qui aurait été inimaginable il y a six ans. En premier lieu sur le fait qu'il faut aider chaque pays à se nourrir lui-même et que la question de l'alimentation ne pourra pas être résolue par la concentration de la production dans les régions les plus efficientes, l'aide alimentaire et le commerce international. C'est un premier changement de paradigme.

Le deuxième changement, c'est l'importance qu'a pris la question de la nutrition, un sujet largement occulté depuis trente ans. Enfin, troisième changement : la prise de conscience que notre modèle agricole, fondé sur des intrants intensifs (engrais et pesticides) et dépendant de l'industrialisation toujours plus poussée de l'agriculture, est à bout de souffle. Il faut donc changer de cap et aller vers l'agroécologie. Le problème, c'est que les Etats rencontrent beaucoup d'obstacles pour passer du discours aux actes.

Pouvez-vous être plus précis ?

     Je dénombre quatre verrous. Le premier est d'ordre technologique : la modernisation de l'agriculture mondiale s'est fait uniquement selon un modèle productiviste. Le deuxième est socio-économique : de grands acteurs dominent le marché, aussi bien au niveau des producteurs d'intrants que des industries de transformation. La possibilité pour de petits acteurs ou même des acteurs de taille moyenne de créer des alternatives est donc très limitée.
Le troisième obstacle est culturel : nos modes de vie pressés dépendent d'une alimentation transformée et facile à préparer. Enfin, l'obstacle politique : les gouvernements sont sensibles aux intérêts de leurs grandes entreprises agro-alimentaires, qui se trouvent de fait disposer d'un droit de veto sur les transformations d'ensemble.

Les Nations unies ont fait de 2014 l'année de l'agriculture familiale, mais ne reste-t-on pas dans le pur discours ?

     Il y a une prise de conscience de ce que l'agriculture familiale apporte en matière de réduction de la pauvreté rurale, de gestion raisonnée des écosystèmes ou de diversité des productions agricoles et des systèmes alimentaires. Mais rares sont les gouvernements ayant les moyens budgétaires de la soutenir, comme l'a fait le Brésil, qui a compris la nécessité d'organiser la coexistence entre agriculture industrielle et agriculture familiale.

Quelle est la part de responsabilité des pays en développement, qui négligent leurs propres agriculteurs depuis des décennies ?

     Il existe un problème de perception de ce qu'est la modernisation de l'agriculture. Elle est vue et comprise par les élites de ces pays comme une industrialisation toujours plus poussée. Quand on parle avec les dirigeants des pays les moins avancés, on constate que leur vision consiste à effectuer chez eux la même transformation qui s'est opérée au Nord tout au long du XXe siècle vers une agriculture industrialisée, remplaçant les hommes par des machines et utilisant de fortes doses d'intrants.

A cela s'ajoute un problème politique qui est celui de la sous-représentation des petits agriculteurs dans les structures de décision. C'est une frange importante de la population mais qui a du mal à se faire entendre par manque d'organisation. L'idée qu'il s'agit d'une catégorie de la population vouée à disparaître continue à être dominante. Alors qu'il serait de l'intérêt des Etats concernés de revenir sur une vision qui, depuis trois décennies, les a conduits à négliger les agriculteurs dans leurs politiques publiques.

Peut-on compter sur les gouvernements actuellement en place pour mettre en place ces réformes, alors que nombre d'entre eux semblent donner la priorité à des intérêts particuliers plutôt qu'au bien commun ?

     L'absence de prise en compte de l'intérêt général et des intérêts à long terme des populations rurales est un obstacle considérable. Beaucoup de réformes, dont chacun reconnaît pourtant la nécessité, sont rendues difficiles par le fait que ces gouvernements n'ont pas à rendre de comptes à leur population. Et une raison pour laquelle certains pays ont fait leur révolution agricole, en fournissant des intrants à leurs agriculteurs et sans s'attaquer aux raisons structurelles de leur faible productivité, c'est que les intérêts des gouvernements étaient très proches de ceux des fournisseurs d'engrais ou de pesticides.

Que pensez-vous du rôle de plus en plus important du secteur privé dans les politiques de soutien à l'agriculture dans les pays du Sud ?

     La montée en puissance du secteur privé, à travers des partenariats comme la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition ou des fondations philanthropiques comme la Fondation Gates, est un phénomène dont on ne mesure pas encore la portée. Le problème que j'y vois est que l'agenda du secteur privé n'est pas forcément convergent avec celui de la réduction de la pauvreté rurale et du renforcement des capacités des petits agriculteurs. Le savoir-faire du secteur privé est irremplaçable, mais il revient aux gouvernements d'encadrer ses activités et de canaliser l'investissement privé vers la réduction de la pauvreté rurale.

Dans le cadre de la Nouvelle Alliance, des gouvernements s'engagent en matière de cession de terres agricoles et de développement d'infrastructures en passant par dessus la tête des populations. Dans plusieurs pays où je me suis rendu, la Nouvelle alliance est considérée comme une initiative technocratique d'où la dimension participative est totalement absente. Je constate qu'il existe aujourd'hui un agenda « schizophrène » entre un secteur privé qui donne le ton sur la manière dont se transforment les systèmes agro-alimentaires et des gouvernements qui voudraient aller dans une autre direction mais n'ont pas tous les leviers en main.

La nécessité pour les pays les moins avancés de se doter d'un socle de protection sociale dans le cadre de la lutte contre la faim est une idée qui semble progresser...

     Il s'agit de l'une des évolutions les plus prometteuses de ces trois ou quatre dernières années. Pour un pays en développement, se doter d'un système de protection sociale constitue un investissement dont les bénéfices à moyen terme seront considérables. Une protection sociale solide entraîne une baisse mécanique du taux de natalité – le nombre d'enfants faisant aujourd'hui office d'assurance-vieillesse pour les plus pauvres– et une augmentation de l'investissement dans l'éducation.

Avec la rapporteuse spéciale des Nations unies sur les droits de l'homme et l'extrême pauvreté, Magdalena Sepulveda, nous avons proposé la création d'un fonds mondial pour la protection sociale. Il s'agit de donner aux pays les moins avancés la garantie que leur système sera financé en cas de catastrophe naturelle, de baisse de leurs recettes d'exportation ou d'augmentation de leur facture d'importations.

Dans votre rapport final, vous appelez à mettre un terme aux politiques basées sur des prix alimentaires peu élevés. N'est-ce pas paradoxal ?

     L'idée que l'on ne peut aider les populations pauvres qu'en leur garantissant l'accès aux denrées alimentaires à un prix abordable relève du passé, car elle revient à limiter les revenus des petits agriculteurs et à maintenir une approche « low cost » de l'agriculture. Il faut aujourd'hui que les plus pauvres soient aidés par des politiques publiques redistributives qui leur garantissent le droit à une protection sociale.

Tout au long de votre mandat, vous avez bataillé avec Pascal Lamy, alors directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC). Vos divergences perdurent-elles ?

     Le fantôme du XXe siècle hante toujours l'OMC, qui fait figure de dernier des Mohicans. De toutes les agences internationales qui s'intéressent aux questions d'agriculture et d'alimentation, l'OMC est la seule qui n'ait pas fait sa mue vers la reconnaissance de la nécessité pour chaque pays d'assurer sa production alimentaire et d'investir dans les sytèmes locaux.

J'ai vu cette mue s'opérer partout, que ce soit à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) ou à la Banque mondiale, mais l'OMC continue de défendre un modèle dépassé, qui consiste à accentuer la division internationale du travail, au risque d'une dépendance de plus en plus forte des régions les moins compétitives. La crise des prix alimentaires de 2008 a montré la grande vulnérabilité qui résultait de ce modèle pour les pays en voie de développement.

Une crise similaire pourrait-elle se produire de nouveau aujourd'hui ?

     La crise de 2008 a résulté d'une réaction de panique par rapport à des informations sur le niveau des stocks de matières premières agricoles et sur la qualité des récoltes. Il y a eu un effet domino, certains pays limitant leurs exportations, d'autres achetant en masse. Un élément a été amélioré depuis : la capacité de la communauté internationale à réagir aux crises grâce à la mise en place du Système d'information sur les marchés agricoles (AMIS), qui limite les risques de réaction en chaîne, et au développement des systèmes d'alerte précoce dans les pays du Sud.

Malheureusement, les facteurs structurels de deséquilibre perdurent. Il en est ainsi de l'augmentation de la consommation de protéines animales ou d'agrocarburants dans le monde comme de notre incapacité à traiter le problème du gaspillage et des fuites dans les systèmes agro-alimentaires. Je ne suis par conséquent pas du tout rassuré : nous allons au-devant d'une période de prix alimentaires élevés et volatils, qui vont nécessiter de la part des gouvernements des mesures beaucoup plus énergiques que celles qui ont été prises jusqu'à présent.

Vous appelez notamment à la fin des politiques de soutien aux agrocarburants...

     Les Etats se sont trompés dans leur appréciation sur les agrocarburants, et c'est quelque chose de très difficile à reconnaître pour leurs dirigeants. Ils n'ont pas anticipé les trois grands impacts des politiques de soutien, menées notamment par les Etats-Unis et l'Union européenne : la connexion des prix alimentaires avec ceux de l'énergie, ce qui a entraîné une plus grande volatilité ; une spéculation très forte sur les matières premières agricoles ; et une pression considérable sur les terres dans les pays en voie de développement.

Ces effets sont aujourd'hui parfaitement connus, mais c'est un domaine où l'idéologie l'emporte sur la science et où l'on n'a pas eu encore le courage de revenir sur les promesses faites aux investisseurs. Pour moi, c'est un échec de ne pas avoir réussi à infléchir le cours de ces politiques.

Faudra-t-il une crise mondiale majeure pour faire bouger les Etats ?

     Il appartient à chacun d'entre nous de tirer les conséquences de ce que nous savons sur l'impact du gaspillage alimentaire, de la consommation de viande et d'agrocarburants. Je suis relativement optimiste, car je sens une impatience de plus en plus vive face à la lenteur des gouvernements. Si les citoyens ne prennent pas eux-mêmes les choses en main, on risque de devoir attendre une crise majeure qui nous contraindra à des changements de comportement de manière beaucoup plus drastique.

Le changement doit venir des pays industrialisés, car, à travers nos modes de consommation, nous sommes responsables de cette pression sur les ressources qui introduit une concurrence entre populations riches du Nord et pauvres du Sud. L'Union européenne utilise ainsi 20 millions d'hectares de terre dans les pays du Sud, notamment au Brésil et en Argentine, pour produire le soja consommé par ses élevages industriels.

Qu'avez-vous appris au long de vos six années de mandat ?

     Je croyais à la toute-puissance de l'Etat, je crois aujourd'hui à la toute-puissance de la démocratie. Je ne pense plus qu'il faille attendre passivement que les gouverments agissent d'eux-mêmes. Les blocages sont trop nombreux ; les pressions qui s'exercent sur eux, trop réelles ; et les acteurs faisant obstacle au changement, trop puissants.

Je pense que la transformation des systèmes alimentaires s'opérera à partir d'initiatives locales. Partout où je vais dans le monde, je vois des citoyens qui en ont assez d'être considérés comme des consommateurs ou des électeurs et veulent être de véritables acteurs du changement en cherchant à inventer des façons plus responsables de produire et de consommer.

     Le message final que je remets aux gouvernements, c'est la nécessité de démocratiser les systèmes alimentaires. Cela signifie qu'ils doivent admettre qu'ils ne détiennent pas toutes les solutions et qu'il faut accorder une grande place aux citoyens dans la prise de décision. Je crois aujourd'hui davantage à une transition imposée par des initiatives venues d'en bas que par des réglementations imposées d'en haut.



 « Les pays riches doivent progressivement rompre avec les politiques agricoles tournées vers l’exportation et permettre au contraire aux petits agriculteurs des pays en développement d’approvisionner les marchés locaux, » a déclaré M. De Schutter. 

« Ils doivent également refréner leurs revendications grandissantes de terres agricoles mondiales en maîtrisant la demande en alimentation animale et en agrocarburants, et en réduisant les gaspillages alimentaires. »





dimanche 26 octobre 2014

L'Agroécologie - 2ème Partie - Discours 6


Un nouveau système agricole : l’Agroécologie




Nous avons abordé précédemment, le bénéfice social de l’Agroécologie. Voyons en plus de détail ce que pourrait changer cette méthode sur un système agricole : transposons une exploitation agricole de type « conventionnelle » vers un modèle agroécologique.


Etat des lieux de l’agriculture française:
L’agriculture française, c’est en 2010, 490 000 exploitations agricoles qui exploitent 56% des sols agricoles du territoire métropolitain (SAU). Vraisemblablement, la SAU n’est pas répartie de façons homogènes sur tout le territoire français : elle est plus importante sur la moitié nord ouest du pays (au nord de la ligne Bordeaux-Nancy).
93% de la SAU est occupé par les 312 000 moyennes et grandes exploitations (2/3 des exploitations), dont 40% ont moins de 40ha (49% en 2000) et occupent moins de 11% de la SAU des moyennes et grandes exploitations (17% en 2000). A l’opposé, 6.5% des moyennes et grandes exploitations ont plus de 200ha et utilisent 23% de la SAU (3.7% des exploitations de plus de 200ha pour 16% de la SAU en 2000).
Parmi ces 312 000 moyennes et grandes exploitations, 45% ont adoptés une forme sociétaire : 140 700 unités, soit +22 000 depuis 2000. Les 170 300 exploitations individuelles sont majoritaires mais diminuent fortement depuis 2000. Leur taille, 58ha en moyenne, est plus petite que celle des formes sociétaires (108 ha). Ces formes sociétaires exploitent 61% de la SAU des moyennes et grandes exploitations.
En 2010, un exploitant sur cinq (soit 20%) a choisi les circuits courts (vente à la ferme ou sur les marchés principalement) pour une production au moins. C’est le plus souvent des petites exploitations (miel, légumes) en labélisée en Agriculture Biologique.
Sources : ministère de l’agriculture
Globalement donc, le nombre d’exploitation de type « familiale et paysanne » (petite structure en surface et faisant vivre une famille) diminue au profit des systèmes sociétaires qui s’agrandissent et intensifient leurs pratiques. Il est important de renverser la courbe en progressant vers des systèmes Agroécologiques.
Comme nous l’avons déjà vu, les valeurs du modèle Agroécologique sont de sens éthique : « L’Agroécologie : une méthode agronomique efficace, une éthique, une esthétique au service de l’humain et de la nature. » ( Pierre Rabhi)
Une exploitation en Agroécologie réfléchit donc à des valeurs morales qui visent à préserver l’environnement et renforcer le lien au sol de l’être humain et sa production. Une exploitation Agroécologique fonctionne donc comme un écosystème.
Un écosystème est un ensemble formé par une association d’êtres vivants et son environnement biologique (le biotope). Ces éléments qui composent l’écosystème, développent un réseau d’échange d’énergie et de matière de façon à permettre le maintien et le développement de la vie. L’exploitation Agroécologique doit donc répondre à cette loi (l’écosystème). On peu sensiblement se rappeler en conscience la formule de Lavoisier : « rien ne se créé, rien ne se perd, tout se transforme ».
Observons maintenant comment cela peut s’appliquer sur une exploitation agricole moderne. Tout d’abord, l’homme doit retrouver sa place d’être vivant et de composant d’un écosystème. Il doit donc rentrer en interaction avec les ateliers de l’exploitation et aussi avec son environnement, le biotope. Cette règle lui impose donc d’échanger de l’énergie et de la matière avec les différents organes de son écosystème. Si l’on observe l’agriculture d’aujourd’hui, l’homme tire profit de son exploitation. Mais qu’apporte t’il e échange à son environnement et aux ateliers qui compose son entreprise. Il n’y a bien là aucune interaction ! Nous observons donc là le changement que doit s’appliquer l’agriculture d’aujourd’hui pour faire évoluer un nouveau modèle : rentrer en échange (apporter et recevoir) avec son environnement et les ateliers de son exploitation. J’insiste sur le faite que cet échange doit être de type physique et moral (spirituel, même) !
Prenons le cas d’une exploitation laitière de 40 ha, 1.5UTH, 60 vaches laitières. L’agriculture injecte des intrants à ses cultures pour favoriser les rendements (ce qui peut générer des pollutions) et pratique majoritairement la monoculture. Il aménage son confort et le temps de travail par la mécanisation et le modelage de son parcellaire (arrachage des talus et haies). Il vie en fonction du revenu fournit par la vente du lait qui est produit par ses vaches sur son exploitation. Ce lait est vendu à bas prix à une coopérative et il touche des primes ce qui lui permet d’équilibrer son bilan comptable.
Qu’apporte-t-il à cette exploitation et à ces vaches ? Beaucoup de soins, de passion, certainement. Mais ce n’est pas suffisant car il ne vie pas réellement en harmonie total dans cet écosystème. Car s’il en tire profit et qu’il apporte soins et nourriture à son élevage et à ses cultures, il consomme aussi de l’énergie extérieure et produit un déchet vers l’extérieur de son système.
Il lui faut donc corriger cela pour acquérir une autonomie énergétique (et économique) et une méthode de recyclage (valorisation) des énergies qu’il rejette. Pour cela il va devoir diversifier ses pratiques. C'est-à-dire, augmenter, du moins profiter du potentiel de son exploitation.
Acquérir une autonomie sur un élevage de type laitier, c’est produire l’alimentation nécessaire pour son troupeau et l’énergie nécessaire à ces cultures. Pour cela, il doit devenir efficace avec peu de moyen (on parle de sobriété des pratique ; moins dépensières et plus productives).
Il commencera par ces cultures : garantir un fourrage de qualité et en quantité suffisante. Et dans toutes conditions, pensons aux hivers rudes ou aux étés secs. Il devra donc mettre en culture de l’herbe (aliment par exception des bovins) sont forme de pâturage (au maximum, car c’est la culture la plus économe en énergie) ou de foin (pour le fourrage d’hiver). Le soin qu’il donnera à ses prairies est donc important. Il faut garantir un fourrage de qualité pour l’année. Pour cela il prendra soin de diversifier les plantes qui composerons la pâture (résistances aux aléas climatique, fauche, valeur nutritive etc). Il devra aussi produire des céréales (litière et fourrage), des légumineuses (fourrage et apport en azote pour ces cultures), des « légumes » fourrages (betteraves, choux, carottes, courges, orties, etc.). Pour toutes ses cultures, il aura besoin d’une bonne pratique et de soins à apporter à son sol. Organiser des rotations efficaces pour ne pas épuiser son sol et réduire le risque de maladie et de parasite sur ses cultures. Produire ses semences pour apprécier le potentiel des variétés qu’il mettra en culture et qui d’année en année, seront mieux adaptés à son sol et à son climat. Apporter un amendement régulier pour remplacer ce qu’il aura exporté de son sol (on exporte de l’énergie au sol quand on récolte les cultures). Donc il lui faudra du fumier ou du composte en quantité suffisante.
Très vite, 1.5 UTH ne seront pas suffisants pour assumer la tache au travail. L’exploitation va donc devoir soit réduire sa surface, soit intégrer de nouveaux UTH dans l’écosystème qui est en train de naitre. Et pourquoi pas les deux ? Imaginons que nous réduisons la surface de cette exploitation de 60ha à 20ha et que nous y fassions vivre 4 UTH…
Sur 20ha de SAU, l’exploitation peut accueillir 20UGB (unité gros bovin). Sont assolement peut être étudié comme suit : 15ha de prairies (fauche et pâturages) 2ha de céréales, 2ha de « légumes » fourrage, 1ha de potager. On associe à la tache 4 personnes : 1 responsable du troupeau composé de 10 vache laitière et 10 unités de renouvellement, 1 responsable de fromagerie pour la valorisation du lait, 1 boulanger pour valoriser les blés et qui prendrait soin du potager nécessaire à la vie du collectif, 1 apiculteur qui conduirait un rucher de 20 ruches et aurait en charge la production de semence pour l’autonomie de l’exploitation. Vu la charge de travail par personne et par atelier, chacun prendra part à la gestion des cultures, aux travaux d’entretien (bois, clôtures, etc.). Sur cette exploitation, on intègrera quelques porcs pour valoriser les déchets et le surplus des différents ateliers. Bien entendu, d’autres ateliers pourraient être mis en place (vergers, volailles etc.).
Ce qui fait que sur 20ha, 4 personnes peuvent vivent décemment (1.5UTH sur 40 ha avant le changement de modèle soit la création de 6.5 emploie). Que le lien au sol est évident et que l’autonomie quasi-totale. Plusieurs ateliers rentrent en interaction et que l’humain fait partie intégrante du système car il compose davantage avec ce qui l’entour (transformations des produits de base). Il a plus de temps donc est plus à l’écoute de son environnement ce qui lui permet de préserver le bocage et d’en valoriser le bois et les fruits. Ce bocage sera aussi bénéfique à ces cultures et à son troupeau. La biodiversité en sera sauvegardée et participera même aux équilibres de l’exploitation (animaux auxiliaires contre les parasites et développement de la flore mellifère).
Observons l’écosystème de cette exploitation: les vaches mangent des végétaux et produisent du lait et du fumier. Le lait est transformé en fromage. Le fromage est autoconsommé et vendu. Les déchets de fromagerie sont consommés par des cochons (ils mangent aussi des végétaux) qui eux aussi transforment la matière en fumier. Le blé est transformé en pain et son « déchet » en aliment et en apport Carboné pour participer aux équilibres du sol. La vie du sol est alimentée par la production des êtres vivant de cet écosystème. Ce fourrage est adapté au sol et favorise la biodiversité. Les haies sont préservées ce qui augmente le nombre d’acteur dans cet écosystème. Etc.
Economiquement cette exploitation réduit énormément ses charges grâce à l’autonomie et la diversification de sa production. Le bilan comptable trouve très vite un équilibre grâce à l’interaction des différents ateliers.
Socialement, le résultat est aussi productif par la création d’emploi et la vente directe. L’exploitation s’ouvre vers l’extérieur et les actifs y gagne en confort de vie. Leur temps disponible peut se prêter à d’avantage d’activités extérieures. L’agriculteur ne se sent plus assisté du système et davantage acteur dans la société.
Nous assistons donc à la transformation d’un système fragile vers un système productif. Cette transformation améliore les conditions de vie de l’humain et la préservation de l’environnement : l’efficacité, l’éthique, l’esthétique au service de l’humain et de la nature sont respectés !


L’expérience des pays du « tiers monde » donne exemple !
Au Brésil le gouvernement Lula à mis en place le programme « Fain zéro ». A Rio de Janeiro, la coopérative UNIVERDE (pour l’amélioration des conditions de vie des familles) tire déjà parti des systèmes agroécologiques. Des terres en friches appartenant à une compagnie pétrolière publique sont mises en culture par les habitants de la ville. La Ville de Rio de Janeiro à autoriser le projet pour lutter contre la violence urbaine et les trafiques. Elle trouve aussi son intérêt en transformant une ancienne décharge en zone de culture vivrière, tablant sur une morale d’éthique et d’esthétisme. Ainsi des centaines de femmes cultivent de façon autonome, une surface de 1000 m2 par foyer. Les techniques agroécologiques favorisent un rendement permettant l’autonomie alimentaire des familles. Une partie des productions est vendu aux cantines et sur le marché. Ce qui assure un revenu aux familles pour améliorer leurs conditions de vie (logements, études des enfants etc.). (Source : Bastamag, Sophie Chapelle, juillet 2012)
En Jordanie, les 2/3 des habitants du pays souffrent d’insécurité alimentaire (82% de la population du pays vit en ville). En 2006 un programme municipal d’agriculture urbaine se met en place dans le capitale du pays ; Amman (312 habitants au km2). Là aussi les techniques agroécologiques s’avèrent efficace pour améliorer les conditions de vie des habitants. (Source : Bastamag, Elizabeth Whitman, janvier 2014).
Gérard Choplin (Via Campesina) intervenait en avril 2014 (année internationale de l’agriculture familiale) face au scénario de la nouvelle PAC : « en Allemagne et au Pays Bas, 67% des paysans ont plus de 50 ans et ne trouvent pas de successeurs. Les jeunes trouvent le modèle agricole actuel trop risqué et on de grosses difficultés pour accéder à la terre.». « le cours du lait, bien qu’il est augmenté, est toujours inadapté et les producteurs vendent toujours à perte leur production. ». Il s’insurge là face à la disparition des quotas laitiers et face à l’Europe qui encourage toujours le modèle agricole intensif.
Nous comprenons donc là que le modèle Agroécologique doit faire partis intégrante des propositions d’avenir de notre société. Il a l’avantage d’être un modèle accessible et de mise en place rapide.




Mikaël HARDY, école paysanne 35.