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mardi 24 mars 2015

Le FN - pourquoi, comment ? Discours 7





Le discours s'entend au sens ou le pratiquait les philosophes grecs : une conversation qui permet l'excursion dans tous les recoins de notre pensée.



Notre société moderne a été bâtie, après guerre, sur le programme du Conseil National de la Résistance, programme résolument de gauche. Mais nous ne pouvons que constater aujourd'hui la prédominance d'un parti qui en est le stricte opposé.
Les fondamentaux du FN que sont la xénophobie et le repli sur soi ne trouvent d'échos aujourd'hui que du fait de la désespérance humaine. Malgré ce que l'on veut nous faire croire, les français ne sont pas racistes (nous sommes le premier pays au monde en terme de mariages « mixtes ») et si le FN est resté jusqu'ici minoritaire en terme de vote c'est parce que ses thèmes ne sont pas si porteurs. Parce que la vraie attente des citoyens se situe à un autre niveau, celui de la qualité de la vie.
L'autoritarisme et le nationalisme qui émergent aujourd'hui sont des tares congénitales du capitalisme. L'accumulation de capital de quelques uns engendre forcément l'appauvrissement des autres. Or pour conduire une masse d'individus, qui forcément va en s'accroissant et en s'appauvrissant, le gouvernement n'a d'autres choix que de « serrer la vis ». Et donc de s'orienter vers un État policier et liberticide.

Au début du 20 ème siècle on appelait les « classes laborieuses » (les ouvriers, les paysans sans terre) les « classes dangereuses ». La bourgeoisie s'étonnait que des individus, à qui on ne laissait pas le minimum vital, deviennent aigris et violents ! Le chômage était important, les salaires ridicules et les droits des salariés quasi inexistants. L'alcool faisait des ravages.
L'épisode de la Commune de Paris (18 mars 1871 au 28 mai 1871) fût une tentative pour ces classes laborieuses de réinstaurer la fraternité, l'égalité et la liberté qui avaient émergé sous la Révolution. Cela s'est terminé dans un bain de sang.

On peut s'étonner d'un discours sur le Front National dans cette Réforme Agraire pourtant c'est bien l'amour de la Liberté et de la Fraternité qui nous mène à cette Réforme. Alors prenons le temps d'une mise au point sur le Front National.



Pour comprendre un groupe ou une idée, il est important de connaître ses origines.
Comme tous les partis politiques sur le devant de la scène de nos jours, le nationalisme est un enfant de la Révolution.
Quand l'Assemblée se constitue en 1789, les monarchistes se placent à la droite de la salle et demandent le respect de la royauté. Ils se divisent en deux branches : 


                                               
                                                          
        
Ce qui unifie les droites aujourd'hui c'est l'idéologie de l'ordre. En effet, la Révolution est considérée comme une perturbation d'un certain ordre (monarchique) et il est nécessaire d'en instaurer un autre (moral, politique, social).
A l'extrême droite, Drumont et Barres sont les premiers théoriciens du nationalisme. Théoriciens de l'ordre par excellence, ils remettent en question le régime parlementaire, l'accusant de la « décadence française » (on est juste après la guerre de 1870-1871 avec l'Allemagne par laquelle on a perdu l'Alsace et la Lorraine, ce qui explique, qu'en France, on veuille y retourner en 1914!).

Maurras est celui qui organise vraiment la théorie nationaliste, au travers de « l'Action française ». Pour lui la Révolution a détruit l'unité créée par la monarchie. Les quatre causes du naufrage français sont
  • les protestants qui auraient apporté l'individualisme et le libéralisme
  • les juifs, qui étant apatrides seraient un danger pour la nation
  • les francs-maçons, qui poursuivraient l'idéal des Lumières
  • les « métèques », les étrangers.
Pour rétablir une monarchie absolue et héréditaire, sa méthode est de conjuguer la conquête de l'opinion et la préparation d'un coup de force.

Le nationalisme français est donc dès l'origine contre-révolutionnaire. S'il n'est plus forcément monarchiste aujourd'hui, il prône toujours un autoritarisme fort. C'est pour cela qu'il se satisfait très bien de la V ème République qui assure une place prépondérante au chef de l’État.

Enfin, malgré ce que peut dire le FN aujourd'hui il est important de signaler que les nationalistes ont déjà exercé le pouvoir en France. De 1940 à 1945 : le régime de Vichy n'est ni une aberration ni un hasard. C'est le fruit de la montée des nationalismes dans les années 1900 à 1930. Pétain et la majorité de ses ministres étaient ouvertement nationalistes et ont appliqué une politique issue des thèses de Maurras :
  • chasse aux juifs
  • politique familiale et patriarcale (allocations familiales)
  • état policier avec la Milice pour mettre au pas les récalcitrants
  • STO : service du travail obligatoire qui fournit une main d’œuvre peu chère au patronna libéral.
Pétain est arrivé au pouvoir suite à la débâcle militaire de 1940, les français l'adorent car c'est le héros de la bataille de Verdun (700 000 morts?!).
A partir de 1942, le peuple français commence à se détourner du pétainisme car il supporte de moins en moins cet autoritarisme et le contrôle permanent de la population.
Le FN d'aujourd'hui est directement issu du pétainisme. Ce nationalisme français a la particularité d'avoir été peu touché par le fascisme. En effet, si le culte du chef et l'autoritarisme d’État sont communs à ces deux mouvements, le nationalisme français n'est pas impérialiste. C'est à dire qu'il n'a pas vocation à s'exporter, à s'imposer en dehors de ses frontières. C'est un nationalisme de replis sur soi.
Ainsi se dire nationaliste aujourd'hui c'est adhérer aux thèses contre-révolutionnaires : le peuple serait irresponsable politiquement, il aurait besoin d'un guide suprême qui devrait avoir les pleins pouvoirs.
A contrario, se dire révolutionnaire ne veut pas dire vouloir faire la Révolution (elle a déjà été faite !) mais se poser en défenseur des acquis de la Révolution : le peuple est souverain et ses principes de vie sont : Liberté, Egalité, Fraternité.

On peut tout de même se demander pourquoi les nationalistes se nomment ainsi et revendiquent à tous bouts de champs la Nation. En effet, Nation vient du latin « natio » et signifie « naître ». Héritée de la Révolution française et de la philosophie du XVIIIe siècle et des Lumières, la Nation signifie la volonté du « vivre ensemble ». Elle résulte d'un acte d'auto-définition du peuple, qui se reconnaissant et s'émancipant, s'empare de la puissance politique. Le FN est donc par définition anti-national.

La Nation c'est la naissance du peuple souverain.

La République c'est le pouvoir du peuple, pour le peuple et par le peuple.


Clarisse Prod'homme, école paysanne 35




lundi 24 novembre 2014

Un changement de civilisation



extrait de conférence de Marc LUYCKX-GHISI

à l'Entrepôt à Paris le 5 mai 2010 -

" SURGISSEMENT d'un nouveau monde " 
Deuxième édition l'Harmattan
Collection Economie Plurielle :



« Nous vivons un changement de société rapide et profond car la rationalité moderne, l'approche patriarcale et le capitalisme industriel ne sont plus capables de formuler une réponse satisfaisante ni au problème de notre survie collective et de celle de l'environnement, ni aux problèmes sociaux et démographiques de notre monde en ce début de XXIe siècle.

Ils sont déjà dépassés car ils ne font plus sens : ils conduisent à la mort. La société civile mondiale cherche déjà ailleurs, même si les pouvoirs s'évertuent à la convaincre qu'il n'y a pas d'alternative. Certains sont en train d'expérimenter un profond réenchantement, une réconciliation corps-coeur-âme.

Dans ce groupe de 25 % de citoyens européens et américains, 66 % sont des femmes.

Ces changements en cours touchent aux aspects les plus profonds de nos vies comme la relation homme-femme, le sacré, la vérité, le statut de la raison et de la science, le temps, l'espace et le bonheur. Et en même temps, c'est l'architecture souterraine de la modernité qui est en train de se dissoudre. Il est normal que les citoyens ressentent de l'angoisse. 

À un niveau moins profond, mais tout aussi important, la société de l'information est comme le turbo qui accélère et approfondit ces changements. En modifiant le coeur même de la logique capitaliste et communiste, elle les dépasse et nous fait entrer dans une logique qui s'avère chaque jour plus différente ; et où les avantages et les dangers ne seront pas nécessairement ceux que nous percevons aujourd'hui. »












dimanche 26 octobre 2014

Une utopie - Discours 3

    UNE UTOPIE

      "projet d'organisation politique idéale, considéré comme irréalisable"


discours n°3




La civilisation, c'est l'état d'évolution d'une société, tant sur le plan technique, intellectuel, politique que moral. La civilisation développe des normes de comportements en société, ce comportement civilisé est celui qui permet aux hommes de vivre ensemble pacifiquement.

Notre civilisation est née sur les restes de l'Empire Romain et a longtemps été appelée Judéo-chrétienne. Cette dénomination vient du moyen-age car à l'époque la religion était omniprésente. On parle maintenant de civilisation occidentale. Mais on pourrait tout aussi bien l’appeler de manière plus explicite : « la civilisation des Marchands ».

Les Marchands sont des individus qui accumulent des richesses et spéculent avec.
C'est à dire qu'ils espèrent un bénéfice en anticipant sur l' évolution des cours des biens ou des matières premières. Ils ne produisent rien, ne fabriquent ni ne construisent rien, n'écrivent pas, ne chantent pas. Ils n'apportent absolument rien à la société mais vivent à ses crochets en spéculant sur le travail des autres. C'est à dire qu'en amassant des richesses, ils redéfinissent la valeur du travail et des biens : valeur qui n'a pas de lien avec la réalité de ce travail ou la nécessité des biens. Car au fur et à mesure du temps, ces Marchands se sont donner les moyens d'influencer l'évolution des cours, pour être sûr de leurs bénéfices.

Notre civilisation est pour cela radicalement différente de toutes celles qui nous ont précédés, de par la place accordée à la Propriété Privée.

Dans les civilisations précédentes (en gros les 9000 mille dernières années!), les grandes dynasties royales (orientales, extrême-orientales, égyptiennes, et américaines) détruisaient périodiquement les foyers de marchands autonomes qui s'enrichissaient aux dépens de la société et à leurs dépens .
Ces dynasties prélevaient des impôts mais elles étaient légitimes sur ce point car finançaient les grands travaux agricoles (irrigation), organisaient, avec les fonctionnaires et les prêtres, les échanges, dans le pays et avec les pays voisins.
La terre était nationale, personne ne pouvait en devenir propriétaire individuel, par contre l'usufruit, l'utilisation, pouvaient en être collectifs ou individuels.
Ces dispositions rendaient inaliénable la terre et le territoire. La société dans son ensemble était d'accord sur ce principe.

Il ne s'agit pas ici de promouvoir les dynasties mais de mettre en avant une autre conception du monde et de la place de l'humain dans celui-ci.
Notre civilisation a démarré avec les mêmes principes, du fait de l'héritage chrétien.
Mais au fil des siècles, les monarchies européennes ont peu à peu arrêté de ruiner périodiquement ces Marchands, préférant les utiliser pour financer les guerres ou les grands ouvrages.
Avec les Lumières qui portent les idéaux d'émancipation de l'être humain, les Marchands imposent leur droit à la liberté d’entreprise.

La Révolution Française a été l'opportunité pour ces Marchands, devenus notables, d’asseoir leur légitimité. La III ème République (1870-1940) impose finalement les principes républicains mais sous l'égide d'hommes représentant les idées et intérêts des Marchands. Ils sont d'ailleurs baptisés les « Opportunistes » et il est intéressant de noter que cette République est porteuse des trois guerres avec l'Allemagne.


Les bases du droit économique et social français sont écrient à cette période. C'est l'age d'or de la petite propriété.
Cent ans plus tard le capitalisme total a soumis les États.
Ainsi pour la première fois depuis la sédentarisation de l'être humain, des individus s’approprient ce qui jusque là a toujours été considéré comme un bien commun : la terre et les richesses qui en découlent.

Il est temps de faire une pause ici car j'ai quand même utilisé des gros mots ! « Civilisation des Marchands » : mais c'est Marxiste ça !
Et oui ! Mais il est bon de rappeler qu'avant d'être économiste, Karl Marx était historien.
Avant d'avancer les thèses socio-économiques que l'on connaît, il a dressé un bilan de notre civilisation et que l'on soit d'accord ou pas avec ses théories (et ce n'est vraiment pas le sujet ici !) on ne peut remettre en cause la véracité historique qu'il a mis en évidence avec la civilisation des Marchands.

S'interroger sur la propriété privée foncière aujourd'hui c'est donc mettre en question cet état de fait car la nationalisation des terres n'a rien d'aberrant, c'est au contraire réaffirmer un principe qui fait loi depuis l'origine des sociétés humaines.
Car malgré ce que l'on veut nous faire croire aujourd'hui le capitalisme n'est pas un régime politique ; à savoir l'art de vivre ensemble ; mais un système économique ; soit l'art de gérer les biens. Ce sont deux choses totalement différentes. Le capitalisme est un système économique fondé sur la primauté des capitaux privés.

La propriété privée est vécue aujourd'hui comme le summum de la liberté ; mais c'est bien pour les Marchands, que c'est une liberté. Liberté d'accumuler et de spéculer.
La propriété privée a usurpée sa place au sein de notre société, en se faisant passer pour ce qu'elle n'est pas : une liberté individuelle, alors qu'au contraire c'est l'affirmation de la loi du plus fort.

Toute notre organisation sociale est basée sur la capacité (ou non!) de chacun à accumuler des capitaux. Le niveau de cette accumulation dicte la place à laquelle chacun peut ainsi prétendre. Ainsi la qualité humaine se résume à ce qu'elle rapporte. Nous sommes aujourd'hui parqués dans des cases étroites qui occultent totalement la complexité et la sacralité de la vie humaine.

Le capitalisme n'est jamais rassasié, sa raison d'être est de croître sans limites. C'est aussi pour cela qu'il s’accommode si bien du progrès technique et scientifique car la production de nouvelles richesses engendre forcément de nouveaux profits. Dans cette logique, que ces richesses soient utiles ou non à l'humanité n'est pas une question qui se pose.
Le propre du capitalisme est donc de diviser, puisqu'il ne s'agit pas de partager mais d'accaparer. Diviser les individus, les États, les Régions. C'est pourquoi le capitalisme est de nature guerrière, car sous tendu par l’agressivité de l'accaparement.

Mais s'opposer au capitalisme n'est pas s'opposer à l'économie de marché.
L' économie de marché découle des échanges rendus nécessaires par une plus grande spécialisation du travail : Chacun produit un bien spécifique et doit échanger avec les autres pour se procurer les biens qu'il ne produit pas.
Elle naît de la transition entre la vie primitive et la vie civilisée, entre la pré-histoire et l'histoire, entre le nomadisme et la sédentarisation. Mais elle n'a besoin en rien de l'accumulation.
Le capitalisme n'est pas une économie de marché, c'est l'économie des Marchands. Remettre en cause la Propriété Privée signifie donc remettre en cause l'accumulation, pas les échanges.

Notre civilisation arrive aujourd'hui à un tournant majeur car son but est atteint. Les Marchands ont accumulé, accumulé (aujourd'hui les 10 % les plus riches détiennent 86 % de la richesse mondiale) et l'assouvissement de cet objectif ne laisse que deux voies possibles :
soit on rase tout pour relancer le processus de production et d'accumulation (une bonne petite guerre et ça repart !)
soit on change de paradigme, c'est à dire qu'on invente de nouvelles normes de civilité, de savoir vivre ensemble.

Parler de Réforme Agraire peut surprendre mais la réforme agraire libérale est, elle, déjà en marche : la ferme des 1000 vaches nous le montre.
Notre syndicat a donc un rôle essentiel à jouer pour proposer une autre réforme agraire, un nouveau modèle agricole, qui assure notre souveraineté alimentaire et redéfinisse des normes de civilités plus humanistes.
Bien sûr revenir à Marx (encore une fois l'historien et pas l'économiste) peut faire peur à certains mais il est temps que la gauche se décharge de sa culpabilité !
Si nos aînés sont blasés de ces utopies, les plus jeunes, eux, sont enragés face à ce monde qu'on leur a légué !

Nous avons besoin d'imaginer autre chose !
Remettre en cause la propriété privée peut s'imaginer autrement que par la « dictature du prolétariat »!
Parler de retour à la terre peut s'imaginer autrement que par la « révolution culturelle maoïste » !
Le projet de loi d'Aménagement du Territoire et du Cadre de Vie que propose Edgard Pisani dans son « Utopie foncière » peut résoudre la majeure partie des problèmes que nous connaissons aujourd'hui quand à l'accès au foncier et a le mérite d'être prête à l'emploi.

L'utopie est définie dans le dictionnaire par : « un projet d'organisation politique idéale, considéré comme irréalisable ».
« considéré » : nul doute que les mouvements féministes des années 1920 réclamant le droit de vote, les premiers noirs qui ont lancés le mouvement des droits civiques aux États-Unis, pour ne citer qu'eux, ont sûrement dû être qualifiés d'utopistes en leur temps.

Alors qu'attendons nous pour être utopistes !




Clarisse Prod'homme, école paysanne 35

Histoire des luttes paysannes - Discours 2

Histoire des luttes paysannes, ou comment les paysans sont devenus propriétaires de leurs terres.



Suite à l’intervention de Joseph Louazel sur l’histoire des luttes paysannes.



    Retour en arrière ; la vie rurale au temps de nos aïeux semblait rude. Mais d’où vient cette
nostalgie que l’on ressent auprès du discours de nos grands parents ? On nous confie des
ambiances conviviales, de la solidarité, un équilibre de vie suivant les rythmes des saisons.
Est-ce une vie rude par manque de confort ou plutôt vis-à-vis du confort qui nous a formaté
aujourd’hui ?

       Revenons plus loin encore, au moment de la Révolution Française. Les terres, les exploitations, appartenaient aux nobles ou à l’Eglise. Les fermiers travaillaient la terre pour survivre (agriculture vivrière), mais surtout au profit de leurs propriétaires, qui en fait les exploitaient.
       La révolution bourgeoise avait dépossédé la royauté de ses terres, qui contraint par l’endettement à du mettre en vente son bien ou plutôt le bien de tous. Seul (ou presque) la bourgeoisie en est devenu propriétaire.
A la lecture d’un titre de notaire des ancêtres de Josèphe Louazel (1817) on imagine bien la vie du fermier. Il doit tout au noble, au risque de se voire délogé s’il déroge aux conditions du bail (partage des récoltes, mise à disposition d’un jardinier pour entretenir le jardin de la propriété...).
    De 1844 à 1848 c’est la 2ème république. Puis après Napoléon 3, sonne en 1870 la naissance
de la 3ème république. Le monde paysan y gagne un grand changement. L’école est
obligatoire et les « culs terreux » jouissent de la possibilité de s’instruire. Apprendre à lire et
compter représente la possibilité de se défendre un peu mieux face à la bourgeoisie et aux
notables.
    En 1880, le monde paysan obtient le droit de créer des syndicats pour se défendre. Mais à cette époque, c’est toujours un noble qui prendra le pouvoir de ces syndicats. Le seul à pouvoir se présenter à des élections. Puis les Nobles se lancent dans l’industrie et cherche à se désengager
du monde agricole pour investir le monde ouvrier. Ils mettent en vente leurs terres et les paysans les achètent pour devenir enfin maitre de leur outil de travail.
Les grandes heures de la mécanisation agricole se mettent à défiler...
     
      Le monde paysan maitrise bien et depuis toujours son auto suffisance alimentaire. C’est ce qui lui a permis de survivre aux grandes guerres notamment à celle de 1914. Ce savoir ancestral permet à la population rurale de survivre et d’affronter la crise économique qui gagne le pays.
      Après 1914, le monde paysan demande à prendre les rennes aux représentations de leurs syndicats. Ce n’est pas à la noblesse de représenter la société des travailleurs ruraux ! Les communistes créés le syndicat des « paysans travailleurs ». Des écoles du soir sont organisées... les premières « écoles paysannes » !
     En 1920 la question des Office Foncier est pour la première fois posée. Bien appuyé par les communistes, le projet n'aboutit pourtant pas.
Les paysans sont contre du fait de l’ambivalence des communistes qui prônent la collectivité
des terres pour les « gros » et pas pour les « petits ». Mais qui est « gros », qui est « petit » ?
       De jeunes curées prennent aussi la défense des paysans. L’Abbé Mancel (mort dans la misère à Bain de Bretagne dans les années 40 ; abandonné par l'Eglise), a été l’un des pionniers dans notre région. L’évêché ne voit pas d’un bon oeil ce lien trop établit par ce petit curé et les paysans hors de l’Eglise. L’évêque Laroche de Rennes essayera de diviser ce petit mouvement en mutant régulièrement le petit curé pour l'éloigner de ses sympathisants. Mais cela fit l’effet inverse. Cette dispersion contamina tous le pays de la prêche du petit curé qui baladé de paroisse en paroisse... balada son discourt.
La même histoire fit boule de neige dans le monde ouvrier...
On peut y voir les prémices de ce que l’on appellera plus tard la JAC... (Jeunesse agricole
catholique)
      Dans les années 30, la crise intervient dans le pays avec les politiques de colonisation. En effet, si la France pose le pied en Algérie, elle revient au pays avec le vin des chaudes terres nord africaines. Ce qui fera chuter le court et engendrera la faillite de certains vignobles français...
L’économie du pays avec le profit engendré par la colonisation augmente, mais les revenus des paysans baissent !
     
    1920 à 1940 voit la naissance de nombreux syndicats d’idéologie soit bourgeoise, soit catholique soit communiste. Difficile pour le paysan de faire un choix. On ne peut être ni contre son propriétaire et ni contre … l’Eglise !
1936, arrivé des congés payés avec Léon Blum au pouvoir en France. Pour les paysans c’est aussi l’entrée en vigueur des Offices du Blé !
Le blé se vend mal à cette époque et l’Etat par ces Offices, organise le stockage du blé et le prix garantit pour le cultivateur !
Dans la foulé, pourquoi ne pas lancer les « Offices Fonciers » ... mais la guerre intervient et stop une nouvelle fois l’emballement sur ce projet.
      En 1940 il y a donc plusieurs courants syndicaux. Pétain prend le pouvoir du pays il dissout les syndicats et regroupe toute l’agriculture dans ce qu’on appelle la corporation.
    De Gaule prend le pouvoir en 1944. Il choisit Tanguy Prigent comme ministre de l’agriculture. Prigent est issu du milieu « paysan travailleur »... un homme de gauche. De Gaule ne peut pas piffrer la droite paysanne qui a organisé de gré ou de force les réquisitions alimentaires pour l’occupant. Avec ce ministre de gauche il supprime la corporation.
Ils mettent en place la CGA (confédération générale de l’agriculture) qui représente l’ensemble de l’agriculture par branche composé de la FNSEA, de la MSA et des coopératives.
        Le Ministre Prigent prend donc les commandes et relance l’idée des Offices Fonciers. La encore il faut attendre...
Mais il réussit tout de même à mettre en place le « statut du Fermage », grand soulagement pour le monde paysan. Pour la première fois les paysans ne pourrons plus être mis à la porte par leur propriétaire. C’est la fin des privilèges pour la noblesse !!
    La fnsea avec Blondel à sa tête va progressivement reprendre en main toutes les organisations agricoles et la CGA sera vidé de ses objectifs et disparaitra au profit de la Fnsea.
       La JAC se développe dans le monde rural et améliore la vie et l’état d’esprit du monde agricole. Certains jeunes cherchent même à prendre du pouvoir à la FNSEA...
Blondel et la FNSEA contre attaque et créée les syndicats JA pour fermer le clapet de ses jeunes qu’il juge... un peut trop révolutionnaires... il faudra passer par la case JA et attendre l’âge de 35 ans pour rentrer dans le système FNSEA...
      En 1957 l’Europe se construit avec la création de la CEE. La FNSEA en profite pour changer leur stratégie. Blondel, laisse les rennes aux JA et passe la présidence de la FNSEA... aux éleveurs «Debatisse» à condition de lui laisser la liberté dans les responsabilités Européennes CEE.
Blondel et ses successeurs négocierons les grands projets de prime et de maitrise du prix des céréales à l’Europe !
Dans le grand ouest, le syndicat est la FRSEAO (ouest). Deux leadeurs prennent de l’élan :
       Bernard Lambert et Bernard Tarot. Tous deux de gauche. Le projet des Offices Fonciers leur tient à cœur. Bernard Lambert se présente aux élections législatives et sera élu député en Loire-Atlantique Bernard Tarot est président du CNJA. Il perd les élections (score à 48%.) battu par Debatisse soutenu par les céréaliers.
      On revient en 1960, De Gaule à repris le pouvoir en 1958. Il place Pisani (ami de Lambert) au
Ministère de l’Agriculture. De Gaule favorise le CNJA car il est toujours opposé à la FNSEA.
Lambert est à cette époque, président de la CAVAC (coopérative d’éleveurs de volailles en intégration).
       Avec Pisani de nombreux jeunes paysans issus de la JAC s’engagent dans le mouvement coopératif,
les CA des banques, pour gérer l’agriculture.
C’est avec les lois d’orientation la mise en place des commissions des structures, des SAFER
des groupements de producteurs. Beaucoup de bonnes idées de répartition vers ceux qui
ont le plus besoin. Très tôt ces mesures vont déplaire aux libéraux de la FNSEA et l’esprit de répartition ne fera pas long feu.
     
       A partir de Mai 68 la gestion des organismes économiques par des syndicalistes de gauche est remise en cause. C’est incompatible de défendre des travailleurs et de gérer la coop qui les emplois voir les exploite.
Dans les années 70 c’est à l’intérieur du CNJA et de la FNSEA que la gauche paysanne porte ce débat. En 1973, le syndicat « Paysans travailleurs » est créé Lambert, comme d’autres, comprennent qu’il est difficile de changer le système de l’intérieur.

De 1973 à 1981, le syndicat Paysans Travailleurs est très minoritaire...

En 1977, Pisani sort son livre « Utopie Foncière », préfacé par son allier, Michel Rocard qui fait partis à l’époque, des politiques en soif de révolution.

1981...
François Mitterrand devient Président de la République Française... la gauche prend le pouvoir !
Rocard est dans le Gouvernement et c’est une femme ; Edith Cresson, qui devient Ministre de l’agriculture. Mais très vite Mitterrand cède et remplace Cresson par Rocard. La gauche au pouvoir, une femme Ministre de l’agriculture, ça fait trop d’un coup... la FNSEA « dégomme » Cresson en mobilisant 100 000 paysans dans une manif à Paris. 
Mais Edith Cresson aura tout de même le temps d’imposer le pluralisme syndical !
     
     Les «paysans travailleurs» deviennent les «travailleurs paysans» en se regroupant avec plusieurs dissidents FNSEA
Des FDSEA et CDJA de gauche comme la Loire Atlantique, le puy de dôme deviennent la FNSP.
Ce qui fait que 2 courants de gauche s’installent dans le paysage syndical de l’agriculture
Française.
Le 25 juin 1984, Bernard Lambert perd la vie dans un accident de voiture. C’est le choc ! Les
offices Fonciers sont alors en pleine négociation entre les 2 syndicats et Rocard qui n’aura
jamais le courage ou le poids politique de les mettre en place.
En 1987 le FNSP et Travailleurs Paysans fusionnent et nait la Confédération Paysanne. Mais
des suites de ce mariage, le projet d’Offices Foncier retombe dans les oubliettes... 
      Encore aujourd’hui le monde paysan est en lutte. Le paysan bataille toute sa carrière pour amortir un endettement. La bataille est d’autant plus rude quand il faut acheter les terres.
Les moyens de production s’en trouvent donc plus important, il faut se moderniser, s’agrandir pour s’en sortir. Ce combat, c’est la fierté du paysan. De ces mains, il réalise une œuvre et trace sa route vers la liberté.
Malheureusement cette bataille rend moins indépendant le paysan. Le jardin familial, la bassecour, le cochon que l’on engraisse, les conserves que l’on organise pour l’hiver, etc.
Tout cela prend du temps, et le paysan n’a plus le temps ! A peine le temps pour des vacances, les loisirs ou pour du temps libre en famille...
L’agriculture vivrière n’est plus. Nous sommes aujourd’hui dans un monde de commerce de marchandises et de matières premières...
        Tout cela rentre en conflit le jour où le paysan cède son activité pour la transmettre à un jeune. Vendre ses animaux, sa terre, sa ferme... s’est un peu aussi vendre son âme, sa vie, sa lutte... et sa fierté de s’être battu toute une vie pour gagner ce sentiment de liberté !
Et pourquoi vendre son capital ? Mais pour profiter d’une autre vie, celle qu’il n’a pas eu le temps de vivre ! Et puis paysan, c’est vivre pauvre pour mourir riche...
Alors comment ? Comment peut on aujourd’hui « déposséder » le paysan qui à passé toute une vie, aux prix de nombreux sacrifices, pour finalement, éprouver un sentiment amer en fin de carrière...
       Car vendre ce capital est obligatoire s’il veut acheter une maison pour la retraite. Mais le pas est très dure à franchir, vendre une vie de labeur, ça n’a pas de prix !
Alors pourquoi vivre une carrière pour accumuler une richesse dont on devra très vite se séparer. C’est du capitalisme ça ! Et le paysan ne supporte pas le capitalisme. Il s’est même battu contre, toute sa vie !
Mais à qui donc profite le crime ? Et est ce que le programme des Offices Fonciers n’est pas une opposition au Capitalisme ? Ce Capitalisme qui a tout joué pour faire échouer pendant de longues années les tentatives d’expérimentation de ce programme porteur d’insoumission du monde paysan. 

        Si le paysan pouvait mener sa vie sans l’endettement. Sans tant de sacrifices. Pour finalement arriver en fin de carrière avec le sentiment d’être passé à coté de quelque chose. Peut être que tout simplement, la qualité de vie des paysans pourrait être considérablement améliorée si l’endettement n’était plus nécessaire, obligatoire, vitale... pour survivre.
          C’est pourquoi je pense que le programme de Pisani sur les Offices Fonciers est une piste de
réflexion enrichissante pour l’avenir du monde paysan. Mais pas seulement ! Car le jour ou le monde paysan ne vivra plus sous la contraire, c’est toute la société qui s’en trouvera gagnante. 
Car c’est le paysan qui fait l’équilibre dans une société !



Mickaël Hardy, école paysanne 35
avril 2014